LA VOGUE FRANCAISE (1750-1790)

Alors que la mandoline était considérée à Naples comme un instrument populaire, elle connut à Paris et à Lyon un très grand engouement auprès de la noblesse, au point qu'un nombre important de mandolinistes italiens vinrent s'y installer. Le premier d'entre eux fut le romain Carlo Sodi qui joua aux concerts spirituels le 6 avril 1750, et fut maître de mandoline à Paris de 1759 à 1789. Il fut suivi par Leone (professeur du duc de Chartres), Giovanni Gervasio ou encore Giovanni Fouchetti. L'un d'entre eux, Pietro Denis était en fait un français qui avait italianisé son prenom “Pierre” en “Pietro”, ce qui à une époque où les meilleurs mandolinistes était italiens, était avisé "commercialement" parlant. Les recueils de Sonates de Leone précisaient toujours sur la couverture que ce dernier était natif de Naples, ce qui, à cette époque, était autant gage de qualité que "d'exotisme"...

De 1760 à 1789, une quinzaine de maîtres de mandoline, italiens pour la plupart, se concurrençaient plus ou moins ouvertement à Paris, ils donnaient des cours (avoir des membres de la noblesse comme élèves était évidemment très prisé) et publiaient des méthodes de mandoline ou des recueils de compositions. De 1761 à 1783, plus de 85 volumes de musique pour la mandoline furent publiés à Paris. Ces musiques pouvaient être des duos pour deux mandolines, des sonates pour mandoline et basse ainsi que des chansons avec un accompagnement de mandoline.

L'une des premières méthodes pour mandoline publiée fut celle de Gervasio qui s'intitulait: Méthode très facile pour apprendre à jouer de la Mandoline à quatre Cordes, Instrument fait pour les dames. Ceci est une autre particularité française. Si en Italie, et surtout à Naples, l'instrument est populaire et sert principalement à jouer des serenades ou des chansons populaires, en France la mandoline est un instrument à l'usage quasi-exclusif des jeunes filles de bonne famille, qui se doivent de parfaire leur éducation en apprenant la musique. Beaucoup de portraits féminins de cette époque en France montrent une mandoline, comme partie du décor ou en situation.


Mathieu Sarthe-Mouréou © 2003
Sources des images: méthodes de mandoline de P.Denis et G.Leone (18éme s., Paris)