Petite histoire de la mandoline

 

 

Les précurseurs

 

La guiterne

 

guiterne La guiterne a été introduite en Europe dès le 10e siècle par la culture arabo-musulmane de l' Espagne et du sud de l'Italie . Comme la plupart des instruments, elle porte des noms différents dans chacun des pays où on la rencontre: Quitaire, quinterne ou guisterne en France, gyterne en Angleterre ou encore chitarra ou chitarino Italie. Ces termes seront également appliqués aux instruments précurseurs de la guitare à partir du 16e siècle.

La guiterne est un petit instrument (env. 40cm), taillé dans une unique pièce de bois, le dos de la caisse est arrondie, comme sur le luth, et la table est cintrée en son milieu : c'est la forme que prendra la guitare.. Elle peut compter 3 ou 4 cordes simples ou doubles, généralement en boyau. On ne sait pas précisément comment l' instrument était accordé (peut-être en quartes). A la manière du luth, le chevalet est collé sur la table d'harmonie. Elle se jouait à l'aide d'un plectre en plume d'oie ou de merisier.

Il ne subsiste quasiment rien de la musique médiévale écrite spécifiquement pour la guiterne, on sait juste qu'elle accompagnait des danses ou de la musique vocale.

Parmi les musiciens qui ont joué de cet instrument, on peut citer le duc de Ferrara (Italie), Leonello d'Este (premier quart du 15e siècle) et un de ses serviteurs, Pietro Bono (~1417-1497).


 

 

La mandore

 

La mandore est un instrument que l'on trouve en France et en Italie à la fin du 16e siècle. Le premier ouvrage traitant spécifiquement de la mandore, Tablature de Mandorre de Pierre Brunet, date de 1578.

Si la mandore et la guiterne ont une taille comparable, la mandore à abandonnée la forme cintrée de la caisse, qui reste toutefois bombée. Les cordes, simples ou doubles, sont au nombre de quatre ou cinq, accordées en quartes et en quintes pour la forme française. La mandore italienne est accordée en quartes. Le chevalet est toujours collé sur la table d'harmonie. Les cordes sont pincées avec un plectre ou directement aux doigts, selon le goût de l' interprète.

La musique française du 16e siècle a produit une quantité considérable d'oeuvres pour la mandore, qui était utilisée pour accompagner des danses ou des chansons.

 

La famille de la mandoline

 

 

La mandoline lombarde

Descendant de la mandore française, cet instrument en reprend la construction: caisse bombée, table d'harmonie plate sur laquelle est collé le chevalet. Les six cordes doubles en boyau ou métal sont fixées à une extrémité au chevalet et de l'autre à de simples chevilles en bois. La rosace ouvragée témoigne des origines orientales de la famille des mandolines.

Les cordes étaient pincées avec les doigts (pouce, index, majeur), le plectre en plume d'oie n'étant utilisé qu'occasionellement. Contrairement aux instruments modernes, les frettes ne sont pas fixées sur la touche. Elles sont en boyau et sont mobiles, ce qui permet de jouer dans différents tempéraments.

Les concertos pour mandoline d'Antonio Vivaldi, qui sont joués de nos jours à la mandoline napolitaine ou à la guitare ont été composés pour cet instrument.

 

 

 

La mandoline napolitaine

 

La plus connue des mandolines, qui est jouée couramment de nos jours, est apparue à Naples vers 1750. On l'appelle donc mandoline napolitaine.

L'instrument est plus puissant que la mandoline lombarde, la caisse est plus longue et plus profonde.

Elle compte quatre cordes doubles accordées Mi-La-Ré-Sol. Les cordes en boyau, cuivre ou laiton, sont fixées à la base de l'instrument. Le chevalet n'a plus qu'un rôle de support des cordes et est simplement posé sur la caisse. Elles sont pincées à l'aide d'un plectre en plume d'oie ou de corbeau.

A Naples, la mandoline est jouée dans les rues, son répertoire de prédilection est bien entendu la sérénade.

Plus au Nord, à Paris et Lyon, la mandoline est par contre un instrument joué principalement par des nobles. Des maîtres italiens de mandoline, comme Gabriele Leone ou Antonio Riggieri, montent à Paris pour enseigner et publier leurs compositions.

 

voir aussi: La mandoline napolitaine en France au 18e siècle.

 

 

La mandoline bresciane

A première vue cette mandoline du nord de l'italie semble de facture plus ancienne que la mandoline napolitaine, elle ressemble effectivement beaucoup à la mandoline lombarde avec sa table plate et son chevalet fixé. Mais contrairement aux apparences, cet instrument est apparu plus de 50 ans après la mandoline napolitaine.

Contrairement aux autres mandolines, elle possède des cordes simples, accordées comme la mandoline napolitaine. Cette mandoline à été popularisée par Bartolomeo Bortolazzi au début du 19 esiècle et à eu un certain succès à Vienne et en Allemagne. Les sonatines de Ludvig Van Beethoven auraient été composées pour cette mandoline.

Cet instrument montre la diversité des mandolines qui ont existé dans différentes régions de l'Italie, outre la mandoline bresciane, appelée aussi mandoline crémonaise, notons la mandoline génoise (six cordes doubles accordées mi-la-ré-sol-si-mi c'est à dire exactement une octave au dessus de la guitare) ou encore la mandoline milanaise (modernisation à la fin du 19e de la mandoline lombarde par la famille Monzino de Milan). Il a existé aussi des mandolines toscanes, florentines ou siennoises...


 

 

La mandoline napolitaine "moderne"

 

A la fin du 19e siècle, la mandoline connaît de grands changements dans sa conception. Pour accroître la puissance de l'instrument, la caisse est allongée et les cordes sont désormais en acier, ce qui nécessite l'emploi de mécaniques pour les tendre. Le plectre doit être également plus dur et est généralement en écaille ou, plus récemment, en plastique.

La touche est allongée, l'instrument a maintenant une tessiture comparable au violon.

Les compositeurs de cette époque cherchent à donner à la mandoline un répertoire plus romantique. Ils sont pour la plupart italiens, comme Raffaele Calace (1863-1934) à Naples ou Carlo Munier (1859-1911) à Florence.

 

 

La mandole ténor

La ressemblance avec une mandoline saute aux yeux. Ce sont bien deux instruments de la même famille. Etant plus grave, la mandole est donc plus grande que la mandoline. Elle est accordée une octave au-dessous de la mandoline, et se lit donc en clef de Sol. Les deux instruments ne se différencient en fait que de par leur taille. Il est donc très facile de passer de la mandoline à la mandole, et inversement. La mandole assure la partie de l'Alto dans le quatuor classique.

Il existe également une mandole alto, accordée La-Ré-Sol-Do. Comme l'alto des cordes frottées, les parties écrite pour la mandole alto sont en clef d'Ut.

 

 

Le mandoloncelle

Il est accordé comme un violoncelle (La-Ré-Sol-Do). Rafaele Calace s'est basé sur cet instrument pour créer le Liuto Cantabile, instrument à cinq cordes doubles accordé Mi-La-Ré-Sol-Do. La chanterelle de Mi rend l'instrument plus expressif que le Mandoloncelle à quatre cordes.

La touche est plus large que sur la mandole, c'est un instrument qui demande une technique main gauche adaptée à la taille de l'instrument.

Il assure la partie du violoncelle dans le quatuor à cordes classique.

 

Les ensembles à plectre

Reale circolo mandolinisti Regina Margherita -Florence 1892
Le Reale Circolo mandolinisti Regina Margherita - Florence 1892

Parallèlement à ces évolutions, apparaissent en Italie vers 1870 les premiers ensembles comportant des plectres. Les premiers groupes montrent des effectifs assez hétéroclites: mandolines, guitares, harpes, instruments à cordes frottées ou à vent s'y côtoient. Viendra alors le besoin de créer, comme pour les cordes frottées, des mandolines alto ou basses, afin de créer des ensembles ne comportant que des instruments de la famille des plectres.

 

Les formations de musique de chambre

 

Un quatuor à plectre classique se compose de deux mandolines, une mandole et un mandoloncelle. Il est donc le pendant exact du quatuor à cordes frottées classique (violons, alto, violoncelle)

Le quintette à plectre peut comporter, en plus du quatuor, une basse à cordes ou une guitare.

Bien sûr, les formations peuvent être très variées : trio de trois mandolines, deux mandolines et une mandole, duo de deux mandolines, mandoline et guitare, mandoline et piano, etc…

 

Les orchestres à plectre

L'estudiantina d'Argenteuil, dirigé par Mario Monti.

 

Un orchestre à plectre typique est composé de deux pupitres de mandolines, et d'un pupitre de mandoles de guitares et de basses. La différence principale entre l'orchestre à plectre et les formations de musique de chambre est bien entendu leur effectif. Les orchestres à plectres comptent généralement une vingtaine de musiciens. Les plus importants, comme L'Estudiantina d'Argenteuil, le club des mandolines de Remiremont ou l'Ensemble de Toulouse en France comptent une cinquantaine de membres.

Le répertoire des orchestres à plectres est très varié. Au début, on joue des airs traditionels ou des transcriptions d'airs célèbres. Puis un répertoire spécifique se crée. Calace par exemple écrira plusieurs pièces pour orchestre à plectre, comme Tramonto, pièce descriptive pour orchestre à plectre, flûte, hautbois et piano ou une orchestration de sa Danse Espagnole (qui existe aussi en duo mandoline/piano ou mandoline/guitare).

L'immigration Italienne du début du siècle répandra la pratique de la mandoline et des orchestres à plectre dans toute l'Europe, particulièrement dans les régions minières du Nord de la France et dans la Ruhr, en Allemagne. La mode est fulgurante et les mandolinistes se comptent par millions. Paris et sa grande ceinture comptent une trentaine d'orchestes, et les méthodes de mandoline se vendent à des dizaines de milliers d'exemplaires. Le répertoire est ici moins recherché que chez Calace ou Munier. La pratique de la musique est avant tout une détente, loin de l'idée élitaire que l'on en a aujourd'hui. On joue donc surtout des pièces légères, et le répertoire est inspiré de celui des fanfares de la région. Une Marche des Membres Honoraires où une Aubade au Président côtoient des sérénades, valses, polkas ou mazurkas...

La fin de la deuxième guerre mondiale portera un coup sévère aux orchestres à plectres. N'ayant pas su pour la plupart s'adapter aux musiques apportées par les Etats-Unis, les orchestres périclitent. Le renouveau viendra en partie d'Allemagne, où musiciens et compositeurs s'attachent à, si l'on peut dire, redorer le blason de la mandoline, avec toutefois une technique qui leur est propre. Ces compositeurs se nomment Wolki, Ambrosius, Berhend ou Gal, et écrivent dans un style qui peut aller du néo-classissisme au contemporain le plus débridé.

La création d'oeuvres originales pour orchestre à plectre, primordiale si l'on veut que ces ensembles perdurent, se poursuit. L'Estudiantina par exemple, à crée ces quatre dernières années plusieurs pièces de compositeurs comme François Laurent, Marc Eychenne, Alexandros Markeas ou Claude Barthelémy.


Mathieu Sarthe-Mouréou © 2003-2004